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Vendée Globe : 99ème jour de course – arrivée des 3 mousquetaires

Peu de temps après l’arrivée in extremis de Guillemot aux Sables d’Olonne à 1 h 41 ce matin, ses deux poursuivants, Thompson (5e) et Cafarri (6e), franchissaient la ligne d’arrivée eux aussi.

Les deux ont mené un rude combat et se sont fait devancer de quelques heures seulement par Guillemot (3e).

La grand-voile d’Aviva a tenu le coup depuis la porte du Pacifique ouest jusqu’à la fin de la course. Il faut dire que Cafarri y a mis la main plusieurs fois pour l’empêcher de voler en morceaux, au prix de ralentissements successifs.

Les responsables du Vendée Globe étaient étonnés de voir trois concurrents se présenter à la ligne d’arrivée à moins de douze heures d’intervalle. Cette série d’arrivées, ça fait du monde au ponton.

Plus au sud, Boissières et White sont à négocier l’anticyclone des Açores lequel est redescendu là où il se trouve normalement, c.-à-d. au voisinage des Açores.

Rich Wilson est passé dans l’Atlantique nord. Chose certaine, il n’a pas lambiné dans le pot-au-noir.

Les deux derniers sudistes, Dinelli et Sedlacek, remontent la côte est du Brésil en suivant le parcours établi par la course. Ils ont leur part de problèmes techniques et autres, sinon tout va bien et ils font route vers l’Atlantique nord.

N’oubliez pas, chers lecteurs, la consigne de la course soutenue par l’esprit de solidarité des skippers en lice : le but ultime du Vendée Globe est de terminer la course sain et sauf. Pourquoi prendre des riques inutiles pour être parmi les premiers ? A chacun son style.

Le tout est de boucler la boucle.

Boissières, White, Wilson, Dinelli et Sedlacek rêvent qu’ils terminent la course, tandis que certains des skippers arrivés à destination rêvent qu’ils la commencent, n’est-ce pas Joe Dassin ?

Commentaire : les Open 60 et leur skippers engagés dans le vendée Globe sont des marins exceptionnels, même ceux dont on n’entend guère parler comme, par exemple, Derek Hatfield sur Algimousse (abandon en Tasmanie pour cause de rupture du gréement dans une déferlante monstrueuse).

Toutefois, il faut bien se souvenir que la route empruntée par les concurrents du Vendée Globe en respectant les barrières des glaçes avait déjà été tâtée par quelques grands voiliers marchands du 19ème siècle, dont le Marco Polo dirigé par le capitaine Forbes en 1855, sans GPS (fallait-il le mentionner?), et en suivant une technique de navigation toute nouvelle à l’époque, appelée orthodromie.

Le Marco Polo, construit au Nouveau-Brunswick (Canada) en 1850 environ a fait l’aller-retour Londres-Melbourne en moins de six mois, en suivant pour la première fois, dans l’histoire de la marine marchande, la ligne orthodromique au lieu de la ligne loxodromique.

Après cela, sa réputation était faite. Les experts de nos temps ont fini par admettre que ce n’était pas sans doute le voilier le plus rapide et attribuent ses records de vitesse à la nouvelle technique de navigation adoptée par son capitaine.

“In the first voyage home of the Marco Polo, I was struck in examining her charts and log, with the great amount of nautical skill displayed by her Commander [Master Mariner Forbes], especially in that part of the route which extended from 100 W to the south-east trades. In this part of her route, if a line could have been streched over the surface of the earth I do not believe Marco Polo deviated five mile from the line in a run of 3,000 miles; and this feat of seamanship and navigation was accomplished under circumstances requiring every attention, and an extraordinary amount of skill.”

(Thompson, “Mercantile Magazine and Nautical Records”, 1854.)

Comme quoi, les exploits maritimes d’aujourd’hui ressemblent à ceux d’autrefois, quoique dans des circonstances différentes.

Vendée Globe : 98ème jour de course – Guillemot à l’arrivée !

A l’instant où j’écris ces lignes, Guillemot sur Safran est sur le point de franchir la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne à la vitesse de 7 noeuds. Encore quelques centaines de mètres à parcourir…

Il est debout à l’étrave de Safran au moment de franchir la ligne d’arrivée à … paf! 2 h 21′ 36″ (heure française).

Le voilà bel et bien troisième en temps compensé au classement de cette édition formidable du Vendée Globe.

Taïaut, c’est fait ! Marco y est, sous le fil du rasoir. En effet, selon mes calculs et mes observations du site officiel du Vendée Globe, moins de deux heures plus tard, la troisième place aurait été définitivement acquise à Sam Davies.

Guillemot a fini la course en 95 jours, 3 heures, 19 minutes, 36 secondes.

Bravo Marco !

Vendée Globe : 97ème jour de course

Au pointage de minuit en ce 97ème jour de course, tandis que les réjouissances se poursuivaient durant la journée autour de Sam Davies (3e) arrivée la veille aux Sables, Guillemot (4e) et Thompson (5e) ont remis le cap au sud-est vers la ligne d’arrivée, après s’être rapprochés de la côte bretonne à la hauteur de Concarneau.

Guillemot est à peine à 25 nautiques de la côte à la recherche vraisemblablement de vents plus favorables qu’en haute mer. Selon Cafarri (6e), la mer est presque lisse en haute mer ce qui lui permet de toujours bien avancer dans du petit temps malgré sa GV en bien mauvais état. Elle observe cependant que les vents dans son secteur ne sont pas conformes aux prévisions, ce qui pourrait être aussi ce qui gênait la progression de Guillemot. D’où l’espoir de ce dernier d’aller chercher des vents côtiers plus favorables pour la descente finale vers les Sables.

Météo France annonce dans son ‘bulletin côte’ pour le dimanche 15 février, dans la zone de Guillemot, des vents de secteur est de 3 à 4 Beaufort. Reste à voir donc si, au pointage de 6 h dimanche matin, les vents prévus se matérialiseront auquel cas Guillemot verrait sa moyenne augmenter sensiblement en faisant du près, malgré les avaries subies au niveau de la quille et d’une des dérives de son bateau. S’il parvient à stabiliser son bateau et tenir une moyenne minimum de 6 noeuds environ, les 131 nautiques de sa position relevée à minuit jusqu’à la ligne d’arrivée seraient avalés juste à temps pour monter sur le podium.

Pas de quoi trop s’énnerver encore. On verra bien aux pointages de 6 h et de 11 h ce qu’il en est pour lui. L’important dans son cas est la sécurité personnelle et celle de son bateau, écoute de grand-voile bien accrochée à son poignet au cas où.

Signalons en terminant que Wilson (8e) devrait atteindre le pot-au-noir dans la journée de dimanche.

Vendée Globe : 96ème jour de course – Roxy crosses the line!

Bravo Sam Davies ! La ‘Roxy Girl’ par excellence est arrivée troisième en temps réel le samedi 14 février, à 1 h 41, heure française, aux Sables d’Olonne.

Elle a franchi la ligne d’arrivée à marée basse et il lui faut attendre quelques heures encore à l’extérieur du port avant de pouvoir enfiler le chenal d’entrée. Qu’à cela ne tienne, il y a foule et c’est la fête sur l’eau autour de Roxy à la lumière de projecteurs et des flashs.

Et on apprend en dernière minute que c’est la fête aussi sur Roxy où sont venus la rejoindre sa famille, son ami de coeur, son équipe technique et autres proches. Ils lui ont surement apporté des fruits frais qu’elle voulait tant croquer depuis des semaines.

Belle victoire pour cette jeune britannique de 34 ans qui avouait bien humblement, malgré ses antécédents marins impressionnants, apprendre à bien mener Roxy dans son premier Vendée Globe de jour en jour. Ses performances à la prochaine participation au Vendée Globe, dit-elle, seront encore meilleures en raison de l’expérience accumulée.

Son calme, son humour, sa bonne humeur, sa joie de vivre tout au long de la course ont eu un effet favorable sur le moral de la plupart des skippers.

Quant à savoir si elle montera effectivement sur le podium, il faudra attendre l’arrivée de Marc Guillemot sur Safran qui bénéficie de deux jours de temps compensé sur Davies.

Par ailleurs, on peut aussi imaginer la joie des commanditaires de la ‘Roxy Girl’ chez Roxy Co. qui lui avaient bien indiqué de prendre plaisir à ce Vendée Globe avant tout, de faire une bonne course, et qu’ils seraient satisfaits si elle arrivait parmi les dix premiers (avant l’hécatombe d’abandons, je suppose). Voilà un sponsor dont le porte-étendard aura dépassé tous les espoirs.

Guillemot n’a pas la partie facile avec son bateau amputé d’une quille, une des deux dérives abîmées, peinant dans des vents faibles et contraires vers la ligne d’arrivée à environ 250 nautiques de Davies. S’il parvient à tenir une moyenne de 7 noeuds, même en tirant des bords, et en jouant de prudence pour la stabilité de son bateau, Guillemot a de bonnes chances de prendre la troisième place sur le podium. On sera fixé à ce sujet très tôt lundi matin.

Thompson et Cafarri sont sur les talons de Guillemot. Thompson passera vraisemblablement devant Guillemot avant l’arrivée. Quant à Cafarri, non loin derrière Thompson, tout dépend de ce que peut encore donner sa grand-voile délaminée avec l’aide des voiles d’étais dans le petit temps.

Au pointage de minuit, Marc Guillemot sur Safran marchait en direction sud de la ligne d’arrivée aux Sables, à près de 8 noeuds de moyenne au portant. D’ici une douzaine d’heures, s’il remonte plus à l’est vers la côte, il aura des vents légers mais favorables. Tout porte à croire que ce skipper au bateau mal en point montera sur le podium en troisième place en temps compensé bien mérité, sans rien enlever au prestige dont jouit actuellement Sam Davies à la ligne d’arrivée. En mettant de l’est dans son cap sous peu, il n’aura peut-être même pas à louvoyer vers l’arrivée. Touchons du bois pour lui.

Vendée Globe : 95ème jour de course

Pas grand-chose à dire suite au pointage de 15 h aujourd’hui, sinon de constater l’évidence : Davies (3e) est encalminée à moins de 200 nautiques de la ligne d’arrivée. La carte des vents n’est guère encourageante pour les prochaines 24 heures entre sa position au nord-ouest des Sables et la ligne d’arrivée.

Guillemot (4e) se démène plutôt bien en direction de l’arrivée, compte tenu de ses avaries. Le site du Vendée Globe présente aujourd’hui une vidéo intéressante mais périmée de ce skipper inébranlable.

Thompson (5e) et Cafarri (6e) gagnent du terrain sur le duo de tête en raison de bons vents dans leur zone.

On assiste à un concerto à quatre coques en crescendo vers la ligne d’arrivée. La finale de ce concerto marin est entre les mains de Dame Nature dont les instruments à vent sont toujours en pleine improvisation.

Voyons voir au pointage de minuit ou de six heures quelle mélodie l’emportera.

Vendée Globe : 94ème jour de course

A la tête de la course on trouve, au pointage de 15 h, Davies (3e) à 400 nautiques (à vol de Pétrel) des Sables d’Olonne, ensuite Guillemot (4e), Thompson (5e) et Cafarri (6e). Joli tableau ! Thompson et Cafarrri ont tellement cavalé ces derniers temps qu’on n’oserait plus parler de deux duels de deux mais d’un seul duel à quatre. C’est que, voyez-vous, la météo est plutôt complexe. Davies risque sous peu de devoir tirer des bords de près vers la ligne d’arrivée pendant que ses poursuivants la rattrape. Le reste n’est que pure conjecture.

Guillemot fait un travail incroyable lorsqu’on sait qu’il est déquillé et à court de carburant pour les servitudes électriques de Safran, notamment la pompe à eau servant à équilibrer les ballasts d’eau, sans compter le reste.

Davies, malgré son penchant pour le Nutella, n’a qu’une seule envie, Saint-Valentin ou non : croquer un fruit frais (comme bien d’autres skippers derrière elle d’ailleurs). Je lui souhaite de croquer surtout le plaisir d’être la troisième à franchir la ligne d’arrivée en temps réel.

Cafarri est à court de grand-voile. Sa GV s’effiloche au fil des miles. Tiendra-t-y, tiendra-t-y pas ?

Plus au sud, Boissières (7e) est toujours dans la poisse de vents bizantins (J’aurais bien voulu utiliser un adjectif plus fort).

White (8e) profite d’alizés stables et marche à 12 noeuds de moyenne ou presque.

Au sud de l’équateur (qui coupe le fil en deux mais sans rien égaliser), Wilson (9e) a intérêt à profiter du bon vent pour faire du nord.

Ceux qui ferment la marche, Dinelli (10e) et Sedlacek (11e) ont connu des conditions difficiles dernièrement, mais bientôt l’occasion de s’extraire de cette partie tourmentée de l’Atlantique sud va s’ouvrir à eux. Puissent-ils en profiter.

Rendez-vous, je l’espère, au pointage de minuit pour voir comment tout ce joli monde se débrouille dans l’Atlantique.

Au pointage de minuit, Davies (3e) filait à 13 noeuds sous spi. Dans quelques heures, elle aura à composer avec des vents légers du nord-est, de 7 à 11 noeuds. Il lui reste environ 250 nautiques à franchir, normalement l’affaire d’une journée. Si la direction des vents lui permet de garder son spi asymétrique, surtout en ‘descendant’ légèrement de la latitude de Lorient vers les Sables, elle a de bonnes chances d’arriver tôt samedi matin. Guillemot (4e) avance bien lentement à du 6 noeuds. J’espère que son moral est bon. On sait qu’il doit ménager l’électricité du bord et ne peut bavarder à la radio trop souvent ni envoyer des courriels. Il a vraiment beaucoup de mérite à naviguer inlassablement vers la ligne d’arriver au vu des avaries qui l’affligent.

Le groupe de tête, formé de Davies, Guillemot, Thompson et Cafarri, ressemble sur la carte à une famille de petits canards qui se suivent en formation de plus en plus serrée, surtout avec Tompson et Cafarri qui n’ont pas fini de réduire l’écart avec les deux premiers.

A bien observer le comportement de Safran et d’Aviva, c’est à se demander si ces deux Open 60 marchent par la seule volonté de leur skipper respectif. Le premier n’a plus de quille et le deuxième a une voile en passoire.

Après 94 jours de course, il y a lieu de se demander si les concurrents à plus de deux ou trois jours de la ligne d’arrivée ont les provisions nécessaires pour boucler ce tour du monde sans trop de privations. On sent la clameur monter: « Des fruits frais ! »

Pour terminer sur une note plus gaie, j’ai toujours bon espoir de voir Davies franchir la ligne d’arrivée avec son magnifique spi décorant le littoral français à des kilomètres à la ronde.

Kilomètres… Ben quoi ? On est de retour sur la terre ferme.