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Nouveau transpondeur de type « AIS Nomad » pour les voiliers de la GGR 2018

Nouveau transpondeur de type « AIS Nomad » pour les voiliers de la GGR 2018

Les voiliers engagés dans la course autour du monde GGR 2018 pourront maintenant être munis d’une balise transpondeur de localisation afin de prévenir les abordages en mer et, le cas échéant, faciliter les opérations de recherche et de sauvetage.

La balise joue un rôle plus actif qu’une EPIRB ou autre balise de détresse car elle transmet en continu la position du voilier, même lorsque tout va bien à bord, à une station chargée de prévenir les risque d’abordage en mer. Non seulement cette balise portable sert-elle à prévenir les abordages mais aussi à lancer des opérations de recherche et sauvetage si le voilier se trouve en détresse.  En effet, en connaissant la position du voilier en temps réel, il est possible de procéder sans tarder à un sauvetage dès le déclenchement d’une alerte, ce qui apportera un complément de sécurité aux skippers et à leur matériel.

La station de surveillance et de gestion du trafic émet des signaux qui interrogent le transpondeur de la balise portable Nomad.  Le transpondeur répond par une série de signaux indiquant la position ponctuelle du voilier en latitude et longitude et autres données pertinentes.

Cette mesure contribuera certes à dissiper certaines inquiétudes quant à la sécurité de la course et du trafic maritime en général. On sait en effet que la GGR 2018 se veut une course à l’ancienne disputée avec un minimum d’équipement électronique à bord, à l’image des premiers navigateurs solitaires qui ont su faire preuve d’une débrouillardise hors du commun avec un équipement réduit.

Les données GPS calculées par la balise Nomad ne seront pas disponibles aux coureurs de la GGR 2018 pour la navigation courante, le sextant demeurant l’appareil de base pour effectuer des relevés de position.

En 1968 naît déjà l’idée d’une course au large pas comme les autres…

En 1968 naît déjà l’idée d’une course au large pas comme les autres…

La Golden Globe Race lancée par le Sunday Times en Angleterre en 1968 tient en réalité du simple pari entre navigateurs.  Le défi proposé à l’improviste consistait à faire un tour du monde à la voile sans escale, en solitaire et sans assistance par les 3 caps.  Arriver le premier était moins important que de boucler le tour du monde en toute sécurité.  Les départs n’étaient pas nécessairement synchros et le lieu de départ n’était pas fixe.  Seul l’itinéraire pouvait l’être afin d’assurer un tour du monde dans le même sens, soit le sens des vents dominants dans l’hémispère sud.  Un tour en apparence classique.  C’était donc bel et bien une épreuve d’endurance et d’adresse que les parieurs avaient à l’esprit.  La vitesse comptait moins.

Écoutez plutôt la vidéo «Le premier tour du monde en solitaire avec Bernard Moitessier» :

 

On attribue à Joshua Slocum le premier tour du monde à la voile en solitaire (sauf sa chèvre mangeuse de cartes attitrée à bord !) jamais réalisé au complet.  Il en est sorti son fameux livre en 1900 Sailing alone around the world qui l’a rendu célèbre et témoigne de ses aventures à la voile, sans compter les témoins vivants de son passage aux quatre coins du monde.  Rien n’infirme la thèse selon laquelle il pourrait y avoir eu des navigateurs à voile du même genre avant Slocum mais on ne connait pas leurs exploits.  C’est un peu la rançon de la gloire dans leur cas : l’anonymat parfois plus précieux que la notoriété.

sloop Spray sans tape-cul

Spray – sloop de 36 pieds de Joshua Slocum (@1898)

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi une course traditionnelle en solitaire autour du monde ?

Pourquoi une course traditionnelle en solitaire autour du monde ?

Voici que débute dans cinq mois environ une nouvelle course en solitaire sans escale autour du monde mais cette fois un peu ‘rétro’ et surtout inspirée de celle du journal Sunday Times en 1968.  On parle d’une trentaine de voiliers sur la ligne de départ aux Sables d’Olonne le 1er juillet prochain, animés par des skippers moins pressés que dans d’autres types de course en mer.  Qu’est-ce qui motive ces coureurs expérimentés de tout acabit à vouloir lever le pied en mer ?  Simple nostalgie du passé ou repli frileux devant les progrès de la voile jugés trop rapides par certains ?  Vraisemblablement ni l’une ni l’autre de ces raisons prise isolément.

naviguer à la force du poignet

Des voiliers de série menés par des coureurs absolument hors-série…

La voile donne naissance à toutes sortes de passion aussi différentes l’une de l’autre et, dans une large mesure, mutuellement compatibles.  De fait, du vent, il y en a généralement pour tout le monde et la mer est bien assez vaste pour accueillir tous les passionnés. Alors quoi…?  Il se fait que certains skippers épris du milieu marin rechignent à rechercher constamment la vitesse pure et les gros budgets pour y parvenir.  Ces hommes et ces femmes d’âge variable se tournent vers la mer par inclination naturelle pour le calme, le silence et l’union paisible avec le milieu océanique là où sont réunies les conditions de voile propices au beau risque, celui d’approfondir la connaissance de soi en naviguant à la force du poignet dans ces solitudes océanes nécessitant débrouillardise et esprit de solidarité en cas de pépin.

Née d’une nécessité très ancienne de se déplacer sur l’eau grâce à la force propulsive du vent, la voile n’a cessé d’évoluer dans le sens de la sécurité nautique et de l’efficacité toujours au service de l’humanité notamment en temps de paix.  Ainsi, la pratique de la voile peut engendrer des attitudes romantiques, pragmatiques et sportives, voire artistiques.  Chacun peut y faire son roulis doux.

C’est ainsi que le site de la GGR 2018 nous offre cette réflexion pragmatique sur la décision de revenir à des voiliers de série pour faciliter l’accès à la course au large :

«Peut-être que le modèle que nous devrions suivre est celui des courses cyclistes, comme l’événement sportif annuel le plus populaire au monde, celui du Tour de France. Les professionnels du Tour utilisent des engins beaucoup plus lents que les tricycles couchés et (en raison de restrictions de poids minimales) plus lent que le kit probable du cycliste du dimanche. Cela signifie que ce type d’équipement est pratique à utiliser, relativement peu couteux et accessible au cycliste amateur, qui peut alors s’identifier aux pros.»

 

La joie de participer à une course...

La joie de participer à une course au large qui a du mordant sans nul besoin pour les skippers d’avoir le mors aux dents…

En fait, le critère ultime de succès d’une course au large comme la Golden Globe Race consiste sans doute à se demander si elle accroche le public et inspire les pratiquants jeunes et adultes de la voile en général à y trouver leur compte.

 

 

Banque Populaire V – Trophée Jules Verne 2012 : record homologué

   On apprend, sans grande surprise, que le tour du monde à la voile en équipage et sans arrêt ni assistance, bouclé par le maxi trimaran Banque Populaire V en janvier 2012, est maintenant homologué par le Word Sailing Speed Record Council (WSSRC).

  Les chiffres officiels nous donnent 45 jours (chiffre arrondi) à la vitesse moyenne de près de 20 nœuds. Belle victoire pour Banque Populaire V qui a creusé un net écart par rapport à son prédécesseur, Groupama 3.  N’empêche que Loïck Peyron et son équipage ont dû trimer pour y arriver. La descente vers l’équateur et la traversée du Pot-au-noir, avant de toucher par après les 40èmes rugissants est déjà une bonne indication de ce qui va se jouer en termes de chiffres comparatifs sur le reste du parcours. Si, comme on le dit dans les milieux de la course au large, les chances de succès se jouent dans les conditions de départ, il y avait effectivemment de quoi se réjouir une fois sur le circuit de vitesse des 40èmes. Malgré cela, un champs de glace droit devant, un détour obligé…, l’équipage de Loïck n’était pas au bout de ses peines.

   Revenons aux chiffres de base : le record précédent effectué par Groupama 3, homologué en 2010, nous donnent 48 jours (chiffre arrondi aussi) à la vitesse moyenne de presque 19 nœuds.

   Ces chiffres bien arrêtés ne disent pas tout. On remarque l’écart de trois jours entre le dernier record arraché par Franck Cammas et son équipage, et le dernier par Loïck Peyron et son équipage. Quel acharnement ou quel coup de bol cet écart suppose-t-il ?

  Ces deux multicoques soigneusement conçus et mis au point, vu leur grande taille et les défis a affronter, sont parmi les plus rapides au monde pour la course au large, à cette différence près qu’ils sont assurément les plus solides et les mieux dirigés, compte tenu des efforts de structure subis par ces voiliers jour après jours par gros temps et de la performance des équipages.

   Trois jours d’écart pour une différence d’un (1) nœud de vitesse moyenne… Qu’est-ce que cela peut bien nous dire ? Supposons un voilier se déplaçant plus vite qu’un autre à raison de 1 nœud. En 1 jour, il aura parcouru 24 nautiques de plus que l’autre. En 45 jours, il aura parcouru environ 1 100 milles marins de plus que l’autre. Que faut-il en penser ?  Que Banque Populaire V est, dans l’absolu, plus rapide que Groupama 3 ou, tout simplement, qu’il a réussi à suivre un trajet plus court sans casse ? 

   Comme le chantait Bob Dylan: The answer is blowing in the wind,  ‘wind’ au sens figuré, s’entend. Il y a tant d’impondérables dans une course à la voile autour du monde : les vents, la position des anticyclones déterminants, celle des champs de glaces (icebergs et growlers) autour du pôle sud, l’audace d’un skipper par rapport à l’autre, la qualité des données météo et de la position des glaces communiquées par le routeur.

   La liste des facteurs est plus longue, bien sûr. Il serait édifiant de comparer tout d’abord la distance précise parcourue par chacun des deux multicoques en milles marins. Le WSSRC n’en tient pas compte pour l’homologation. Notons en passant que Banque Populaire V et Groupama 3 sont chacun parti de Brest et y ont franchi aussi la ligne d’arrivée.

   Pour bien apprécier la part d’incertitude quant aux raisons qui ont permis à Banque Populaire V d’arracher un nouveau record du tour du monde à la voile, rappelons-nous de Michel Desjoyeaux sur Foncia, un monocoque, qui a bouclé le tour du monde sans arrêt et, en plus, en solitaire en 84 jours à près de 11 nœuds de moyenne. Un record en soi, bien homologué. Ce que le WSSRC ne dit pas dans son cas, c’est qu’il lui a fallu faire route plus au nord pour respecter les barrières de glace instituées par le comité organisateur du dernier Vendée Globe. Un joli détour. C’est pourquoi il n’y a pas encore lieu de conclure  qu’un multicoque va nécessairement deux fois plus vite qu’un monocoque.

   L’avenir a encore beaucoup à nous apprendre à ce sujet. D’ailleurs, une nouvelle édition du Vendée Globe se prépare pour l’automne 2012 et d’autres tentatives de battre le dernier record du Trophée Jules Verne sur multicoque se succéderont. Les paris sont ouverts.

Loïck Peyron sur Banque Populaire V remporte le Trophée Jules Verne


    Pari lancé, pari tenu : Banque Populaire V, le maxi trimaran dernier cri, vient de boucler le tour du monde à la voile de Ouessant (près de Brest) à Ouessant, en 45 jours et demi environ. Ce faisant, il bat le record détenu auparavant par Franck Cammas et son équipe sur Groupama 3.

   On attend l’homologation de l’exploit par le  World Sailing Speed Records Council dont le tableau affiche toujours pour l’instant Franck Cammas sur Groupama 3 comme le plus rapide à faire le tour du monde sans escale en 48 jours, à la vitesse moyenne de près de 19 noeuds.  S’il est vrai, comme le rapporte certains medias, que Banque Populaire V a tenu une moyenne de plus de 26,5 noeuds en bouclant le tour du monde tout dernièrement, on peut s’interroger sur la différence de longueur du parcours suivi par Loïck comparativement à celui de Franck en 2010. 

   Cela s’est fait dans le cadre du Trophée Jules Verne qui offre un prix à quiconque fait le tour du monde à la voile en équipage mais sans escale ni assistance technique en mer, en revenant au point de départ choisi, et parvient à établir un nouveau record de vitesse dans ces conditions.

   Loïck Peyron, le skipper, a ainsi rétréci l’exploit précédent de Franck Cammas de presque trois jours. Trois jours sur 45 et demi, c’est serré et pourtant c’est la tendance qui se dessine au  palmarès du Trophée Jule Verne. Le plus grand écart de vitesse dans la course au trophée par rapport au record précédent a été arraché par Bruno Peyron en 2005 sur Orange 2, soit en 50 jours et 16 heures. Treize jours d’écart sur record précédent, c’est énorme.  Depuis, on grignote quelques jours sur le record précédent, l’équivalent de quelques dixièmes de secondes dans un slalom géant dans les compétitions de descente à ski.  Cela ne paraît pas énorme aux non-initiés mais il faut bien savoir que tout se joue avec le meilleur matériel et équipage possibles pour creuser l’écart. C’est là la nature de l’exploit.

  D’ailleurs, Loïck Perron n’a pas tardé, à son arrivée à Brest, à déclarer que Banque Populaire V aurait pu faire mieux, beaucoup mieux, avec le même voilier n’eût été de l’allongement imprévu du parcours en raison d’un immense champs d’icebergs qui lui barrait la route directe. En plus, sur le parcours du  retour, il lui a fallu contourner l’anticyclone des Açores par le Nord. Un autre détour. Hormis ces détours, Loïck et son équipe avaient choisi un bon créneau météo au départ, élément absolument crucial d’une bonne course autour du monde à la voile.

   Loïck et son équipe étaient très bien préparés et l’équipage de 14 hommes formait un groupe aussi solidaire qu’efficace grâce en bonne partie aux talents de meneur d’hommes de Loïck. Comme quoi il naît d’autres Ernest Shackleton au fils des ans.

Banque Populaire V

(Merci à YachtPals pour la photo)

  On peut se demander comment est-il possible de tenir une moyenne d’un peu plus de 26 nœuds pendant 45 jours et quelques heures, nuit et jour, sans se faire prendre par une grosse vague ni heurter d’obstacles. Il y a là une part de chance mais surtout une bonne stratégie et un voilier bien conçu (par le frère de Miche, soit dit en passant). Un trimaran lancé à 30 nœuds et plus contre un mur d’eau en pleine nuit court un risque très fort d’enfourner et de culbuter si le barreur ne voit pas la vague à temps pour changer de cap, juste le temps de passer la vague sans encombre. Or, dans les hautes latitudes autour du cercle polaire sud, il règne une luminosité suffisante 24 heures sur 24 pour apercevoir l’obstacle à temps.

  Déjà, à la suite du Fastnet catastrophique de 1979, un skipper qui avait réussi à passer dans le gros temps et franchir la ligne d’arrivée, avait observé que le tout était d’aller assez vite en gardant suffisamment de toile pour se faufiler rapidement entre les déferlantes, ces chavireuses de voiliers.

  De nos jours, les voiliers de course au large sont conçus exactement pour tenir une vitesse élevée dans une mer démontée afin de pouvoir négocier un passage sans casse avec la forte houle surplombée de hautes vagues menaçantes.  Dans une mer désordonnée, il n’est pas dit que cela soit aussi facile.  C’est aux skippers invétérés à nous parler de leurs techniques dans leurs récits de course folle à la voile.  Il arrive encore que des voiliers très rapides aient à se mettre en panne, mais moins souvent qu’auparavant.  On se rappelle, par exemple, de Michel Desjoyaux (Miche) qui, durant le Vendée Globe 2008-2009, semblait passer dans toutes conditions météo sur sa route – en silence radio – pour ressortir quelques heures plus tard, tout naturellement, sans dommages.

  Revenons à Loïck et son équipage, au routeur hollandais qui les guidait par radio entre les icebergs et autres dangers ainsi que le concepteur naval de Banque populaire V et les ouvriers du chantier qui l’ont construit, et tant d’autres. Une formidable réalisation nautique, française encore une fois, qui démontre la belle obsession d’un pays tout entier pour la mer, la voile, la conception de voiliers performants, la débrouillardise, l’esprit compétitif et la sécurité en mer, la place réservée aux jeunes, la formation de la relève, les populations côtières, la vitalité des petits ports, les solitudes océanes …

  Loïc étant si sûr de lui maintenant, pouquoi ne pas souhaiter à Banque Populaire V et son équipage d’être les premiers à baisser à 40 le nombre de jours nécessaires pour faire le tour du monde à la voile, soit la moitié de ce que Jules Verne s’était accordé dans son célèbre roman « Le tour du monde en quatre-vingts jours » ?  Cinq jours de moins que le tout dernier record ! Parions que Loïc Peyron et son entourage misent déjà sur ce nouvel exploit à venir.

Bravo, Banque Populaire V !