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Peu de temps après l’arrivée in extremis de Guillemot aux Sables d’Olonne à 1 h 41 ce matin, ses deux poursuivants, Thompson (5e) et Cafarri (6e), franchissaient la ligne d’arrivée eux aussi.

Les deux ont mené un rude combat et se sont fait devancer de quelques heures seulement par Guillemot (3e).

La grand-voile d’Aviva a tenu le coup depuis la porte du Pacifique ouest jusqu’à la fin de la course. Il faut dire que Cafarri y a mis la main plusieurs fois pour l’empêcher de voler en morceaux, au prix de ralentissements successifs.

Les responsables du Vendée Globe étaient étonnés de voir trois concurrents se présenter à la ligne d’arrivée à moins de douze heures d’intervalle. Cette série d’arrivées, ça fait du monde au ponton.

Plus au sud, Boissières et White sont à négocier l’anticyclone des Açores lequel est redescendu là où il se trouve normalement, c.-à-d. au voisinage des Açores.

Rich Wilson est passé dans l’Atlantique nord. Chose certaine, il n’a pas lambiné dans le pot-au-noir.

Les deux derniers sudistes, Dinelli et Sedlacek, remontent la côte est du Brésil en suivant le parcours établi par la course. Ils ont leur part de problèmes techniques et autres, sinon tout va bien et ils font route vers l’Atlantique nord.

N’oubliez pas, chers lecteurs, la consigne de la course soutenue par l’esprit de solidarité des skippers en lice : le but ultime du Vendée Globe est de terminer la course sain et sauf. Pourquoi prendre des riques inutiles pour être parmi les premiers ? A chacun son style.

Le tout est de boucler la boucle.

Boissières, White, Wilson, Dinelli et Sedlacek rêvent qu’ils terminent la course, tandis que certains des skippers arrivés à destination rêvent qu’ils la commencent, n’est-ce pas Joe Dassin ?

Commentaire : les Open 60 et leur skippers engagés dans le vendée Globe sont des marins exceptionnels, même ceux dont on n’entend guère parler comme, par exemple, Derek Hatfield sur Algimousse (abandon en Tasmanie pour cause de rupture du gréement dans une déferlante monstrueuse).

Toutefois, il faut bien se souvenir que la route empruntée par les concurrents du Vendée Globe en respectant les barrières des glaçes avait déjà été tâtée par quelques grands voiliers marchands du 19ème siècle, dont le Marco Polo dirigé par le capitaine Forbes en 1855, sans GPS (fallait-il le mentionner?), et en suivant une technique de navigation toute nouvelle à l’époque, appelée orthodromie.

Le Marco Polo, construit au Nouveau-Brunswick (Canada) en 1850 environ a fait l’aller-retour Londres-Melbourne en moins de six mois, en suivant pour la première fois, dans l’histoire de la marine marchande, la ligne orthodromique au lieu de la ligne loxodromique.

Après cela, sa réputation était faite. Les experts de nos temps ont fini par admettre que ce n’était pas sans doute le voilier le plus rapide et attribuent ses records de vitesse à la nouvelle technique de navigation adoptée par son capitaine.

“In the first voyage home of the Marco Polo, I was struck in examining her charts and log, with the great amount of nautical skill displayed by her Commander [Master Mariner Forbes], especially in that part of the route which extended from 100 W to the south-east trades. In this part of her route, if a line could have been streched over the surface of the earth I do not believe Marco Polo deviated five mile from the line in a run of 3,000 miles; and this feat of seamanship and navigation was accomplished under circumstances requiring every attention, and an extraordinary amount of skill.”

(Thompson, “Mercantile Magazine and Nautical Records”, 1854.)

Comme quoi, les exploits maritimes d’aujourd’hui ressemblent à ceux d’autrefois, quoique dans des circonstances différentes.