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Le Cléac’h (2e) vient de connaître des jours de navigation avec des vents forts et une mer très creuse dont il se souviendra longtemps. A la vitesse moyenne de 12 nœuds, il ménage vraisemblablement son bateau et ses forces à l’entrée du golf de Gascogne, car ses deux dernières nuits en mer ne seront pas de tout repos. Si l’on tient compte des heures de bonification de Guillemot (4e), ce dernier ne devrait pas être très loin derrière lui, virtuellement parlant. On saura à l’arrivée ce qu’il en est exactement. Au pointage de 15 h, l’ETA de Le Cléac’h aux Sables s’établissait à samedi, entre 8 h et 13 h. Et voilà que le deuxième skipper de ce Vendée Globe se présentera lui aussi un week-end. De quoi réjouir les milliers de personnes qui l’y attendent !

Davies (3e) et Guillemot (4e) ont bel et bien pris chacun un pari différent. Pendant un bout de temps, on aurait pu croire que Davies allait contourner l’anticyclone des Açores dans le sens horaire. Toutefois, au pointage de 6 h ce matin, on voyait sa trajectoire obliquer nettement vers le nord-est. C’est dire qu’elle contournera l’anticyclone dans le sens antihoraire. Au pointage de 15 h, l’anticyclone des Açores était toujours centré à l’ouest de Davies et les vents dans son étrave semblent bons, peut-être un peu trop forts même jusqu’au cap Finistère.

Selon la carte des vents, il va falloir que Guillemot mette un peu d’ouest dans son cap pour toucher du bon vent portant. Cela allongera légèrement sa route tout en lui permettant de faire du planning à mesure que son cap tourne progressivement en direction du golf de Gascogne.

Imaginez Guillemot et Davies se croiser au large du cap Finistère… Rien n’est impossible dans une course au large, même les rencontres les plus cocasses du genre : ‘Master Guillemot, I presume?’ Blagues à part, Davies accepte de bonne grâce que la troisième place lui échappe au bout du compte en raison des 50 heures de bonification que possède Guillemot sur elle.

Cafarri (5e) a dépassé la latitude des îles du cap Vert, et sa GV tient bon, semble-t-il, lui procurant une moyenne honorable de 12 à 13 nœuds. La mer doit être inconfortable dans ses parages. Les gémissements du pont et de la coque d’Aviva composent sans doute toute une musique avec le vent dans le gréement, ponctuée par les vagues qui se heurtent au bateau. J’imagine Lady Dee calme mais attentive à tout bruit insolite, comme les autres skippers de la course en pareilles conditions. Le skipper d’un voilier, surtout en solitaire, qui n’est pas sur le pont redouble de vigilance auditive tout en vaquant à diverses occupations dans le confort relatif de la cabine. Les mouvements du voilier comme, par exemple, la gîte et la cadence des vagues constituent également autant d’indices que le subconscient du skipper faisant corps avec le voilier surveille inlassablement.

Thompson, à 300 nautiques au nord de Cafarri, pique droit sur le centre anticyclonique des Açores. Suivra-t-il le parcours de Guillemot ou celui de Davies ? Qui vivra verra.

Wilson (8e) a connu, lui aussi, une mer très dure en raison de vents forts. Les choses se sont peut-être calmées maintenant. Toutefois, dans son étrave se profile toute une bouillabaisse de vents bien typique de cette partie de l’Atlantique. Toujours aucune nouvelle du fonctionnement de ses autopilotes capricieux. Est-ce qu’il barre à la main ou a-t-il réparé au moins l’un des deux ? On le saura bientôt.

Dinelli (9e) a reçu ses médicaments en passant le long des Malouines. Un bateau à moteur les lui a apportés. Reste à connaître la réaction du jury de la course à cette assistance humanitaire extérieure. Malheureusement pour Dinelli, il n’a pas pu réparer sa drisse de GV aux Malouines en raison de conditions météo défavorables.

Sedlacek (10e) est dans l’Atlantique sud encalminé comme Dinelli plus au nord. Décidément Sedlacek doit être en train de se demander si un trou de vent s’est accroché à son mât ces derniers jours. Enfin, il a passé le Horn en père peinard et a eu tout le temps voulu pour mitrailler le célèbre caillou avec son appareil photo et sa caméra.

Au pointage de minuit, Le Cléac’h était à un peu plus de 250 nautiques des Sables d’Olonne, marchant à 10 noeuds seulement. Serait-ce à cause d’une mer malcommode ou d’un vent mollissant de direction instable prévu jusqu’à demain midi dans le golf de Gascogne ? Chose certaine, l’anticyclone des Açores se déplace, selon le ‘Weather Channel – North Atlantic’, vers l’est pour se positionner demain juste à l’ouest du détroit de Gibraltar, de quoi rendre Davies (3e) perplexe. Elle qui avait misé sur un contournement de l’anticyclone par l’est, risque maintenant de se retrouver en panne de vent dans la journée de vendredi. D’où vraisemblablement son dernier changement de cap vers le nord au pointage de minuit. Malheureusement pour elle, les vents seront tout aussi faibles au nord. D’ailleurs, sa vitesse est déjà tombée à moins de huit noeuds. Trop tard pour elle, je le crains, de changer de tactique et de contourner l’anticyclone par l’ouest, à moins qu’elle ne dispose d’autres données météo plus prometteuses que les miennes. La situation n’est pas claire. Attendons voir le pointage de 6 h afin de mieux comprendre les options de Davies.

Guillemot, pour sa part, a mis comme prévu un peu d’ouest dans son cap et devrait toucher des vents portants et circulaires de 18 à 20 noeuds qui le conduiront au golf de Gascogne sans encombre.

Quant à Thompson et Cafarri, ils semblent vouloir suivre le sillage de Guillemot.

Au pointage de 6 h, la situation s’éclaircit effectivement. Le centre anticyclonique des Açores ne sera pas aussi large d’ouest en est que prévu, à mesure qu’il se déplace vers l’est à la hauteur de Gibraltar. La meilleure façon, par conséquent, pour Davies de s’extraire de ce marasme météo était de mettre le cap au nord plut tôt cette nuit et maintenant au nord-nord-ouest. En réalité, le centre anticyclonique se déplace plus vite que prévu. Il en découle que la position est, quoique plus au sud, de Davies par rapport à Guillemot pourrait tout de même lui profiter. Sa vitesse est déjà remontée à 10 nœuds tandis que Guillemot, à 400 nautiques environ à l’ouest de Davies, avance à 12 nœuds en suivant un parcours plus long. Pas si catastrophique que ça, pour l’instant du moins, cette mésaventure météo de Davies. Bien sûr, avec le redressement de temps que possède Guillemot, il est sûr d’arriver troisième… au podium. Toutefois, il demeure possible pour Davies, si elle joue bien ses cartes, de franchir troisième la ligne d’arrivée aux Sables. Doubles applaudissements, si ce scénario se produit, pour Davies et Guillemot ! Sans oublier, au fait, que Riou a sa place au podium aussi par décision du jury, sans franchir physiquement la ligne d’arrivée. Il l’a déjà franchie sans bateau suite à l’assistance remarquable portée à Le Cam chaviré au large du Horn. Heureusement qu’il y a suffisamment de souplesse dans les règles du Vendée Globe pour permettre au jury de la course d’attribuer à chacun la place qui lui revient selon son véritable mérite.

Thompson (5e) a également obliqué un peu plus à l’ouest pour se préparer à contourner l’anticyclone avec les meilleurs vents possibles.

Le Cléac’h attendu demain en matinée aux Sables, a suivi un parcours remarquablement rectiligne depuis les derniers 600 nautiques et sans doute en fera-t-il de même pour les 200 nautiques à parcourir jusqu’à destination. Sa vitesse moyenne n’est pas faramineuse (11 noeuds), mais il y a tout lieu de croire que l’état de la mer y est pour quelque chose et, qui sait…, sa fatigue aussi après son rodéo des derniers jours.