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Jourdain (2e) ne cache pas sa frustration, avec une bonne dose d’humour en plus, de voir Desjoyeaux (1er) décidé à foncer de plus belle à la recherche du meilleur vent possible. Le plus tragique ou comique pour ses poursuivants, c’est qu’il y réussit.

Bon, Mich’, une fois à terre et bien reposé, donnerais-tu aux intéressés un cours sur la façon de bien zigzaguer en mer pour toujours toucher du bon vent ? Ça va se bousculer à l’entrée de ta salle de cours. Magie, chance, trinquette surprise, on y croit plus ou moins. Il y a des secrets à partager. Du temps de Christophe Colomb et même avant, c’était les cartes de navigation. Aujourd’hui, de nombreux amoureux de la voile voudraient tant savoir comment utiliser le vent à bon escient aux quatre coins du monde.

C’est beau, même très beau d’arriver le premier. Toutefois, certains concurrents du Vendée Globe ne tiennent pas mordicus à monter sur le podium. Il y en a qui font le Vendée Globe par pur plaisir, même si ce tour du monde n’est pas de tout repos et nécessite du fric. Carpe diem, chacun à sa façon. Un mile nautique à la fois, dans la bonne direction de préférence.

Si Sam Davies s’amuse et nous amuse à classer les vagues selon leurs attributs, il faudra bien que quelqu’un passe un peu de temps à classer les inscrits au départ du Vendée Globe par tempérament, expérience, moyens, de sorte que l’on connaisse d’autres profils typiques que le profil de ceux qui ont les meilleures chances de gagner.

Voilà, je n’ai pas grand-chose à dire sur ce 80ème jour de course, car tout semble bien aller après le casse-gueule du Golf de Gascogne et de l’Océan Indien, sans oublier le chavirage de Le Cam aux abords du Horn. C’est tellement tranquille que les petits accrochages avec des pêcheurs brésiliens font la manchette.

Il faut bien savoir que les spectateurs du Vendée Globe n’ont pas l’esprit badaud. Ils ne crient pas « Donnez-nous des accidents ! ». Loin de là. On partage à distance la joie de Wilson qui finalement passe le Horn. On a chaud au cœur pour Dinelli et Sedlacek qui se tiennent compagnie en fermant la marche, loin derrière les autres. On a l’eau à la bouche en voyant Sam Davies nous montrer sa salade toute fraîche cultivée sur Roxy. On admire la ténacité de Lady Dee qui sans cesse sur le métier remet sa grand-voile. On sue avec Guillemot qui suit un parcours d’obstacles sans dormir ou presque le long de la côte du Brésil. On pousse un grand « Ouf ! » de soulagement dès que Le Cam réussit à se hisser sur l’Open 60 de Riou. On a de la peine pour Riou qui a dû abandonner la course après s’être porté au secours de Le Cam.

Et la litanie ne s’arrête pas là… La voilà la beauté du Vendée Globe ! On en demande pas plus et on remercie même ceux qui, comme Derek Hatfield, avec une maigre équipe de soutien se lancent dans la course et font l’impossible, discrètement, pour se tirer des griffes d’une mer en furie, quitte à abandonner la course tout aussi discrètement. Joli défilé de figures légendaires de la course au large.

Mais la course n’est pas finie. Gardons l’œil sur les concurrents en lice jusqu’à leur arrivée aux Sables après le triomphe présumé – je dis bien présumé car tout peut encore arriver – de Desjoyeaux.