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Une autre semaine de passée pour cette édition du Vendée Gobe, une partie de la course qui s’est jouée en grande dans l’Atlantique sud et dans l’Atlantique nord. La tactique et la chance y étaient à l’honneur. Un jeu de finesse avec des tactiques aussi variées (comparez la tactique côtière de Guillemot avec celle des autres concurrents) que la variabilité des vents. Ajoutez au menu l’approche et le passage du pot-au-noir et vous êtes servi.

Une promenade dans le parc ? Que non ! Certains skippers, songez encore à Guillemot, ont moins dormi ces derniers jours que dans le Pacifique sud. Changements de voiles incessants, virements de bord à n’en plus finir, contournements d’obstacles, rendement faible en raison de vents illusoires… Tous ces défis suivis de résultats malgré tout décevants lui valent, à mon sens, la médaille de Skipper de la Semaine. Comme on dit au Québec, il zigonnait comme un enragé le long des côtes brésiliennes.

Sam Davies, quant à elle, était un modèle de sérénité et de patience pendant les quatre jours ou plus dans des calmes où les plaisanciers, eux, auraient dit : «Assez de sur-place, allons-y au moteur».

Les fonceurs sont-ils seulement en tête de course ? Pas nécessairement. Cette semaine nous a montré la remontée à fond de train de Thompson et de Lady Dee jusqu’à ce qu’ils se butent eux aussi contre des calmes. Leur valeur de skippers et le potentiel de leurs bateaux ont été mis au grand jour. Dee, pas cafardeuse du tout, avait bravement entrepris avant cette bourrée vers le nord d’affaler sa grand-voile en lambeaux et de la réparer des heures durant. Pari gagné : les réparations ont tenu pendant des jours de chevauchée, à du 14 à 16 nœuds de moyenne.

Les nord-atlantistes eux, soit Desjoyeaux, Jourdain et Le Cléac’h (depuis peu), conservent leurs positions respectives de 1er, 2e et 3e au prix de patience dans le pot-au-noir pour les deux premiers, et d’un sérieux coup chance, semble-t-il, pour le 3e. La donne ne change pas pour ces trois skippers émérites. Desjoyeaux est à négocier l’anticyclone des Açores, dernière embuscade avant la ligne d’arrivée. Il a choisi de passer relativement près du centre de l’anticyclone (du moins, selon les données météo dont je dispose) et voit sa vitesse chuter radicalement. Déjà au pointage de 15 h, Jourdain était à un peu moins de 500 nautiques de son tableau arrière. Et pourtant, il y a tout lieu de penser que Jourdain retient ses chevaux, soit par prudence envers Veolia à la structure mât et quille affaiblie, soit en raison de l’état cahoteux de la mer, ou des deux.

Dans moins de douze heures, nous commencerons à savoir si le choix de parcours de Desjoyeaux autour de l’anticyclone des Açores va lui sourire ou non. Sa première place n’est peut-être pas en jeu, mais le sort pourrait faire en sorte que Jourdain franchisse la ligne d’arrivée aux Sables tout juste après lui.

Quant à Le Cléac’h, voyons voir de quel bois il va se chauffer dès qu’il aura touché les alizés constants et puissants au nord du pot-au-noir.

Tout porte à croire que les douze rescapés de cette édition du Vendée Globe franchiront tous la ligne arrivée aux Sables, chacun en son temps, d’autant plus que les deux derniers sont prudents et surtout prêts à la descente vers le Horn.