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Situation au pointage de 11 h :

Le Cléac’h (3e) est sur le point de passer l’équateur et, de là, le pot-au-noir. Les vents dans le pot-au-noir lui permettront for probablement de traverser rapidement cette zone redoutée pour l’inconfort qui y règne d’habitude : climat chaud et humide, grains à répétition, vent nul à léger et de direction variable. S’il est vrai que Le Cléac’h traversera cette zone en un rien de temps, il pourra s’estimer chanceux. Desjoyeaux mais surtout Jourdain ont dû faire preuve de patience dans cette zone de convergence des alizés que le poète anglais Coleridge a si bien dépeint en une strophe :

Day after day, day after day,
We stuck, nor breath nor motion;
As idle as a painted ship
Upon a painted ocean.

Traduit en bref : c’est le royaume de l’immobilité oppressante.

Les poursuivants de Le Cléac’h, du 4e jusqu’au 12e, auront chacun leur histoire à raconter après le passage de cette zone équatoriale.

Desjoyeaux (1er) va voir le vent mollir à l’approche de l’anticyclone des Açores par l’ouest. Selon son cap actuel, il n’a pas l’intention de le contourner outre-mesure pour conserver du bon vent. Il a déjà fignolé dans sa tête le meilleur compris ‘distance à la ligne d’arrivée/vitesse moyenne’ pour passer au bon endroit, compte tenu notamment du jeu de voiles dont il dispose.

Jourdain (2e) suit exactement la même trajectoire que Desjoyeaux depuis l’équateur et file bon train pour l’instant, quoique pour le duo de tête, la mer n’est pas des plus confortables. Ça cogne ! Cela donne envie d’abattre mais alors le parcours s’allonge. A une dizaine de jours de la ligne d’arrivée, ils choisissent tous deux l’inconfort, sauf dans le cas de Jourdain, dont le bateau est fêlé en plusieurs endroits critiques (support de mât et jonction de la quille). Il surveille la réparation des fissures régulièrement tout en essayant de tirer le maximum de Veolia. Malgré cette situation, Jourdain remonte l’Atlantique nord à 15 nœuds de moyenne. L’écart entre les deux premiers a d’ailleurs légèrement diminué et se chiffre maintenant à 500 nautiques environ.

Guillemot (4e) s’en tient toujours à sa tactique côtière, à 30 ou 40 nautiques du Brésil. Une vraie course d’obstacles qui lui assure du vent mais à quel prix ! Sa moyenne de 7 nœuds est inférieure à celle qu’il comptait obtenir par ce sacrifice. Toujours est-il qu’il a bien largué Davies (5e), à défaut d’avoir réussi à rattraper Le Cléac’h.

La vitesse moyenne de Davies est passée à 9 nœuds après des jours de vitesse poussive. Elle est maintenant talonnée par Thompson (6e) et Cafarri (7e) qui remontent dans son sillage à du 14 à 16 nœuds. Quelle différence de vitesse ! Toutefois, rien ne dit que le duo Thompson/Cafarri tiendra cette moyenne jusqu’à la hauteur de Davies. Tout dépend de l’évolution de la ronde des vents au cours des prochaines heures.

Boissières (8e) a repris un peu de vitesse dans la bonne direction. White (9e) a fait une belle remontée depuis la latitude du Horn mais, lui aussi, va devoir négocier une zone de vents faibles dans son étrave. Au prochain pointage, nous aurons sans doute une meilleure idée de la façon dont il compte s’y prendre.

Wilson (10e) continue son bonhomme de chemin à 400 nautiques environ à l’ouest du Horn. Les deux derniers, Dinelli (11e) et Sedlacek (12e), toujours côte-à-côte, ont enfin atteint une vitesse moyenne à deux chiffres après des jours de calmes exaspérants. Ils passeront bientôt la porte du Pacifique est pour entamer leur descente vers le Horn. Ils semblent décidés à se tenir compagnie. Et pourquoi pas lorsqu’on est loin de tout secours ?

Mise à jour : au pointage de 15 h, la situation n’a pas radicalement changé. Thompson et Cafarri sont par le travers de Rio, à une vitesse toujours étonnante : près de 17 noeuds pour Thompson et 14 noeuds pour Cafarri. La vitesse moyenne de Jourdain a légèrement baissé pas tant, sans doute, à cause du vent que de l’état de la mer, et aussi de ses craintes légitimes pour la solidité de son bateau fissuré en deux endroits critiques. Desjoyeaux, quant à lui, voit sa moyenne monter à 16 noeuds environ peu avant son arrivée dans la zone de calmes à l’ouest de l’anticyclone des Açores. A bien regarder la carte des vents, il n’est pas impossible qu’après avoir contourné l’anticyclone des Açores par l’ouest, il contourne l’archipel des Açores par l’est. A voir…