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Chapeau au trio Thompson (6e), Boissières (7e) et Cafarri (8e) qui, en descendant vers la latitude du Horn au large des côtes chiliennes, a eu droit à une belle raclée de Dame Nature ! Ils s’en sont tirés en vrais champions de la mer. L’un d’eux a noté des rafales à 60 nœuds et plus. Ils ont dévalé tous les trois des montagnes d’eau de 10 mètres formées par la houle. Ils ont vraiment fait leurs preuves de marins dans des conditions impossibles. (D’où sans doute le titre du bouquin de Ven Den Heede “Un globe à la force du poignet” relatant une course au large en solitaire dans les années 80).

En pleine tempête, Boissières a fait un surf à 30 nœuds et son bateau Akena a été couché sur l’eau par une vague de côté, mésaventure qui a entraîné la perte du dôme de son appareil électronique ‘Fleet 77′.

J’espère bien apprendre plus tard tous les détails de cette remarquable aventure par mauvais temps. Les membres du trio n’ont pas encore, que je sache, fait le compte exact des avaries et ne se plaignent pas outre-mesure de leur fatigue ni de leurs bobos car le Horn les attend. Ils conservent ce qu’ils ont d’énergie pour franchir cette étape cruciale et bénéficier enfin du temps plus clément de l’Atlantique sud.

Parlant des parages du Horn, je crains que le trio ne soit contraint d’affronter, même si le vent a nettement molli, une houle croisée pour le moins inconfortable en mettant le cap à l’est, à la latitude approximative du Horn.

Jourdain (2e), quant à lui, n’a pas arrêté de bricoler pour renforcer l’épontille de son mât. Vu les matériaux utilisés, il a la ‘grattouille’ mais il considère la réparation suffisamment solide pour tenir le coup jusqu’à la ligne d’arrivée. En plus, il ménage sa monture comme tout bon chevaucheur des mers avisé. Il s’interroge sur des problèmes possibles de Desjoyeaux dont la vitesse moyenne ne semble pas dernièrement à la hauteur de ses capacités ni de celles de Foncia. L’information qui nous parvient de lui est limitée. Il s’approche de la zone des Alizés, donc de vents plus constants de l’est, et on verra bien à ce moment-là de quel bois il se chauffe. Les prochains pointages seront révélateurs à cet égard.

Desjoyeaux n’a qu’une seule envie : arrêter de zigzaguer en faisant route vers l’Atlantique nord. En effet, chaque virement de bord l’oblige à rééquilibrer Foncia en déplaçant du poids latéralement et longitudinalement afin de conserver la meilleure assiette possible pour le voilier. Davies aussi avait indiqué, il y a quelques jours, que ce genre de manoeuvres répétées pouvaient être épuisantes. Comme quoi, on ne vire pas de bord sur un Open 60 en course sans s’exposer à une série de manoeuvres et de réglages à la force des bras, tout cela pour un gain éventuel de un ou deux noeuds de vitesse, ce qui vous laisse en panne de calories avec une sérieuse envie de piquer un somme.

Guillemot (5e) est dans l’archipel des Malouines où il a pu enfin trouver un coffre auquel s’amarrer afin de réparer son rail de grand-voile. Il a intérêt à ne pas tarder car une grosse dépression est prévue demain dans les parages des Malouines. Mise à jour : au pointage de 15 h, Guillemot a repris sa route et remonte l’Atlantique. M’est avis que Davies (4e) aura fort à faire pour garder les devants. Une distance de 350 nautiques environ les sépare, sans compter le temps compensé que le jury de la course a accordé a Guillemot pour assistance à skipper en détresse (Yann Elies), au sud de l’Australie.

Wilson (10e) navigue à vitesse prudente, toujours très au sud de l’axe ouest-est des portes du Pacifique. Il lui faudra remonter sur la porte est d’ici-là, afin de passer la porte est avant de descendre vers le Horn. Vents de direction et de force variables d’ici-là, à l’exception d’un nouveau coup de vent prévu dans les prochaines 36 heures dans le Pacifique est.

Cedlacek (11e) et Dinelli (12e) sont aux abords la porte Nouvelle-Zélande, par vents faibles à modérés et de directions variables. Leur vitesse moyenne respective est fort modeste. L’un d’eux se plaignait hier que son bateau tapait trop dans des vents contraires, ce pour quoi les Open 60 ne sont pas conçus. Que va-t-on voir apparaître dans les prochaines années en fait de voiliers de course aussi performants et confortables, aussi bien au près qu’aux allures portantes ?

Côté météo, une dépression va se creuser rapidement au cours des 36 heures à venir pour les skippers du Vendée Globe qui vont se présenter bientôt à la pointe sud de l’Amérique du Sud. Je cite : « Ce système sera accompagné de vents violents à partir de jeudi à la mi-journée et d’une mer très grosse ». Il faudrait la mettre au régime « cette mer mangeuse d’hommes », dixit Rimbaud.

Pour conclure, s’il est vrai que les voyages forment la jeunesse, les coups de vent en pleine mer, eux, forment les skippers.